Les seigneurs

mars 25th, 2025

La ville qui bouillonne.

Comment ne pas voir qu’il y a dans ces Seigneurs tournés en 1978, une référence explicite, un hommage à ce qui est et demeurera le plus beau, le plus remarquable, le plus puissant film de bandes qui s’affrontent dans l’immense sécheresse de New-York ? Comment ne pas voir l’évidente parenté des corridors dénudés des pauvres immeubles en briques sales du Bronx, les grillages, les murets, les passerelles, le labyrinthe des passages… et la même vacuité des rues, les terrains de basket, les espaces déserts, les commerces lépreux… Comment ne pas songer, n’est-ce pas à West side story ? D’ailleurs la séquence formidable où les Wanderers tentent d’échapper à la fureur chauve musculeuse des Baldies renvoie au même jeu de chat et de souris que se livrent Jets et Sharks. Identiquement le rassemblement, la jonction des groupes de Wanderers qui vont aller affronter en combat féroce les noirs Bombers comme des ruisseaux qui se rejoignent… Read the rest of this entry »

L’extravagant Mr. Deeds

mars 22nd, 2025
Les millions aux trousses.
Malgré un scénario un peu trop prévisible et qui confine quelquefois à la dégoulinade sucrée de bons sentiments, le film de Frank Capra est réellement très plaisant. Les séquences s’enchaînent avec humour et fluidité, tous les acteurs sont épatants, le discours tenu est gentiment manichéen, mais aucun des personnages n’est vraiment, vraiment mauvais, la justice y est présentée comme sévère, mais équitable, le populo est d’une honnêteté admirable, le New Deal de Roosevelt permet aux États-Unis d’espérer sortir de la grande Crise, même si on sait bien que c’est l’économie de guerre qui le leur permettra.

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Prêtres interdits

mars 14th, 2025

Allons voir sous la feuillée…

Ah que nous rencontrons là un beau pont-au-ânes fascinant ! Le mariage des prêtres – ou plutôt l’impossibilité pour les prêtres de se marier.

En voilà des torrents de préoccupations : Un prêtre marié de Barbey d’AurevillyLa faute de l’abbé Mouret d’Émile Zola (et Georges Franju) et au cinéma des tas de trucs plus ou moins intelligents, plus ou moins subtils comme Le défroqué de Léo Joannon (1954). Aussi l’épouvantable et sucré Les oiseaux se cachent pour mourir de Daryl Duke d’après Colleen McCullough en 1978. Sûrement des tas d’autres. Pour moi le plus subtil, le plus intelligent, le plus pénétrant sur le sujet, c’est La femme du prêtre de Dino Risi en 1971.

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Pain et chocolat

mars 6th, 2025

L’homme coupé en deux.

Léger, drôle, cocasse et même quelquefois bouffon ; mais aussi pathétique, cruel, agressif parfois bouleversant ; désespéré et plein de perspectives ; la propreté glacée des lacs de montagne et la crasse grasseyante gaie des plus pauvres miséreux. Qu’est-ce qui peut comporter tout ça, sinon une comédie italienne de la meilleure veine ?

Et alors même que le réalisateur, Franco Brusati parait n’avoir aucune expérience du genre, pas même comme scénariste. Read the rest of this entry »

2ème bureau contre Kommandantur

mars 1st, 2025

La résistance oubliée.

On a trop tendance à oublier, emportés qu’on est par le miracle de la Marne, l’héroïsme de Verdun, le désastre de la Somme, la victoire finale, que, lors de la Première guerre, la France a été occupée. Certes pas dans la même ampleur que lors de la Seconde, mais plus longtemps encore, de septembre 14 à novembre 18 et sur une bonne partie des terres du Nord et de l’Est, 10 départements en tout ou en partie (sans compter, naturellement, l’Alsace-Moselle aux mains des Boches depuis 1870). On a tendance à oublier, et un peu davantage, que cette occupation, de la même nature que celle de 40 (voir le très complet article de Wikipédia) a suscité, elle aussi, une vivace résistance. Read the rest of this entry »

Collision

février 21st, 2025

Toutes les douleurs du monde.

Les films où se mêlent et s’entrecroisent les destins de personnages qui n’ont apparemment pas de rapports directs entre eux sont toujours délicats à conduire : il faut tout à la fois individualiser, identifier, faire reconnaître les personnages mis en scène et brosser le panorama de la scène générale où tout le monde s’agite. En d’autres termes, l’idéal serait à la fois de scruter chacune des fourmis qui s’affairent – apparemment de façon absurde – et en même temps la fourmilière, dont la cohérence, la structure et l’harmonie constituent un exemple admirable. Read the rest of this entry »

Adieu ma jolie

février 17th, 2025

Du cinéma qui tient la route.

Même si l’on n’est pas fasciné par les États-Unis d’Amérique, à peine davantage par le roman policier, il n’est pas concevable d’ignorer des créations littéraires originales comme celle de Philip Marlowe. D’autant qu’il est le héros d’une dizaine de romans et d’une tripotée de nouvelles écrites par Raymond Chandler, que les adaptations au cinéma sont légion, que le personnage a été incarné par une vingtaine d’acteurs différents, dont les plus notoires sont évidemment Humphrey Bogart et Robert Mitchum, l’un dans Le grand sommeil de Howard Hawks en 1946, l’autre par Robert Mitchum dans cet Adieu ma jolie de Dick Richards en 1975, reprise d’Adieu ma belle d’Edward Dmytryk en 1944. Read the rest of this entry »

Liebelei

février 8th, 2025

Valse triste.

Le cinéma de Max Ophuls, malgré – ou à cause ? – de sa légèreté, n’est jamais un cinéma de bonheur. À tout le moins comme on entend ce mot ; Le bonheur n’est pas gai est la phrase qui conclut le dernier épisode du merveilleux Plaisir, adaptation de trois contes de Guy de Maupassant dont le moins qu’on puisse dire qu’il n’est pas un dispensateur d’optimisme. Peut-être aussi parce qu’Ophuls comme Stefan Zweig comme Arthur Schnitzler) est un enfant de cette Autriche-Hongrie mûrissante (pourrissante, pourrait-on dire presque) qui a tant donné à la Civilisation d’avant-guerre, lui a laissé un bel arc-en-ciel de crépuscule : Hugo von Hofmannsthal, Egon Schiele, Sigmund Freud, Robert Musil, Joseph Roth… Quel chatoiement ! Inconsciemment tous ces grands bonshommes ont pressenti l’écroulement de cet Empire qui retenait les forces centrifuges de la Mitteleuropa et équilibrait la stature de notre continent… Monde un peu las et même quelquefois morbide. Read the rest of this entry »

Rouge comme le ciel

février 2nd, 2025
La nuit est mon royaume.
C’est une histoire vraie ; en tout cas une adaptation sûrement fidèle de la vie de Mirco Mencacci, excellent ingénieur du son italien devenu aveugle à la suite d’un accident dans sa dixième année. Rien ne prédestinait le jeune garçon de Toscane, aux environs de Pise, à l’excellence technique. Il est le garçon unique d’une famille modeste et aimante, excellent élève assez réservé mais bien intégré parmi les camarades de son âge. Il bricole sous la conduite de son père, il travaille, il joue au football ou à colin-maillard (préfiguration peut-être un peu lourde de la suite). Un beau jour d’été, revenu à sa maison pour un petit bricolage, constatant qu’il n’y a personne, fasciné par le fusil de chasse qui trône au-dessus de la cheminée, il escalade un tabouret branlant qui vacille et se dérobe. Catastrophe : le fusil, chargé, lui envoie dans la figure une gerbe de plombs.

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Pierrot la tendresse

janvier 27th, 2025

Fin de carrière.

Érotomane sans mesure, collectionneur compulsif des pires bouquins et photos pornographiques, client assidu des bordels et abonnés aux plus rayonnantes partouzes, membre éminent de la secte immonde scatophile des crouteuxMichel Simon n’en n’est pas moins un des plus grands acteurs français.La chienneL’AtalanteLes disparus de Saint AgilLe quai des brumesFric-fracLa fin du jourCirconstances atténuantesLa PoisonPaniqueLa vie d’un honnête homme et même un rôle mineur dans Austerlitz… Et tant d’autres que, pour ne pas grossir le propos, on ne cite pas. Une gueule, une attitude, une tenue, une voix, une présence. Read the rest of this entry »