C’est idiot, mais c’est marrant.
Évidemment je me méfiais. Les suites réussies sont rares et lorsqu’elles surviennent une vingtaine d’années après le film originel, on est en droit de s’interroger fortement : ceux qui ont tressailli d’horreur en voyant le naufrage de l’équipe des Bronzés 3 me comprennent sûrement parfaitement. Et puis je n’avais lu sur la dernière aventure des Inconnus que des critiques au mieux apitoyées, au pire catastrophées et souvent méprisantes.
Mais je nourris une telle sympathie pour l’esprit et l’humour de Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Legitimus qu’en n’attendant pas grand chose des Trois Frères : le retour, je suis tout de même allé voir le film et que j’en ai été plutôt heureusement surpris. Ça n’est pas aussi bien que le premier épisode, ni même que Le pari (tourné sans Légitimus), mais ça n’a rien de dégradant ou de méprisable, comme pouvaient l’être Les Bronzés 3 déjà cités ou Les Visiteurs 2 : les couloirs du temps, films qui faisaient honte.
C’est idiot, mais c’est marrant, dont je titre ce message, c’est le titre d’une chanson d’avant-guerre de Ray Ventura dont on goûtera ci-après la délicatesse (je ne cite qu’un seul couplet : le reste est à l’avenant) :
Six culs-de-jatte à toute vitesse
Descendent les Champs Élysées
Lorsque six culs-de-jatte se pressent
Ben, ça fait six troncs pressés
Ça n’est p’t-être pas très merveilleux
Mais l’on fait c’qu’on peut
Les citrons pressés
Voyez nous sommes francs
C’est idiot mais c’est marrant
Je ne dis pas que Les trois frères : le retour est de cette même eau suave, mais enfin, l’essentiel est qu’on rit souvent et de bon cœur à un film construit un peu n’importe comment, les péripéties s’enchaînant avec une logique improbable, mais dans un rythme très enlevé. Les trois complices ont retrouvé leurs connivences et l’acuité de leurs regards sur le monde tel qu’il se fait.
Qu’est-ce qui a manqué pour que les trois amis se haussent à l’échelon supérieur ? Sans doute un peu de méchanceté, un peu de cruauté : c’est acide, mais finalement assez bon enfant, ça se termine bien alors qu’on frôle assez souvent le sordide et l’épouvantable. Ne pas en demander trop à ce trio de merveilleux satiristes qui, avant tout le monde, ont démonté la télévision…