Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Et maintenant on va où ?

mardi, août 1st, 2023

La guerre des femmes.

Pauvre Liban qui fut une oasis de paix et de prospérité dans le bouillant chaudron du Levant, mais qui n’a pu conserver encore, après les guerres civiles qui l’ont agité, entre 1975 et 1990, puis en 2006, sa réputation de Suisse du Moyen-Orient. Déchiqueté par les conflits meurtriers, sanglants, incompréhensibles qui le ravagent périodiquement, le pays conserve toutefois encore aujourd’hui sa singularité et son identité originales. Par exemple la coexistence, la cohabitation ici et là des musulmans et des chrétiens maronites dans certaines régions moins infectées par les haines et la marche brinquebalante du monde. (suite…)

Gilda

samedi, juillet 29th, 2023

Mais où sont passées les gazelles ?

Lorsque l’on apprend que, sur la base d’une trame vague d’un certain E.A. Ellington, le scénario de Gilda a quasiment été écrit au jour le jour, dans une sorte d’improvisation fiévreuse, on comprend mieux son insatisfaction. On comprend mieux que, malgré l’originalité noire du scénario, on soit propulsé continuellement dans des chemins sans issue et dans des invraisemblances de comportement qui finissent par agacer. C’est bien dommage, parce que la première demi-heure du film est vraiment brillante, surprenante, qu’on ne discerne pas où le réalisateur veut vous conduire, ce qui est une des meilleures orientations du cinéma. (suite…)

Intolérance

vendredi, juillet 28th, 2023

Vieilleries.

J’ai vraiment eu une drôle d’idée de regarder ça, qui dure trois heures, trois heures de ma précieuse vie, un film qui est un bibelot d’inanité muette, une sorte de patchwork inutile réalisé par D.W Griffith dont j’avais regardé jadis avec plaisir Naissance d’une nation. Mais c’était il y a longtemps et il y avait un récit, très tendre pour mes chers confédérés sudistes et donc, naturellement, houspillé par les profiteurs nordistes qui ont imposé au monde le capitalisme rogue sous les oripeaux de l’horrible Vertu. Le réalisateur, sans doute vilipendé par ce qui ne s’appelait pas encore le Camp du Bien mais qui l’était déjà a donc imposé au cinéaste le tournage d’un machin vertueux, censé attaquer ce qu’on appelle aujourd’hui les valeurs. (suite…)

La pointe courte

mercredi, juillet 26th, 2023

Aucune origine n’est belle.

Je suis tombé ravi dans le cinéma d’Agnès Varda lorsque, pour la première des dix ou douze fois où j’ai vu le film, j’ai regardé Cléo de 5 à 7 ; j’ai vu beaucoup de ce qui a été réalisé par la Dame de la rue Daguerre, ravi par Le bonheur (1965), par Daguerréotypes (1975), par Les glaneurs et la glaneuse (2000), stupéfait par la grâce douloureuse de Sans toit ni loi (1985). Mais aussi effaré, dégouté par les films de la période gauchiste Black Panthers (par exemple Lions love en 1969), quelquefois déçu par les autobiographies un peu complaisantes (Les plages d’Agnès en 2009, Visages, villages en 2017). Bref, une cinéaste qui compte, attachante, souvent superbe, souvent ratée, quelquefois terne. (suite…)

Les nains aussi ont commencé petits

mardi, juillet 11th, 2023

Volupté du chaos.

Séduit par le titre cynique, dérangeant, mystérieux du film, je me suis enfermé je ne sais précisément quand, au cours de l’année 1971, dans une des nombreuses salles qui irriguaient alors le bas quartier Saint Séverin. Rue de la Huchette, rue Xavier Privas, rue de la Harpe… Il y avait alors pléthore de salles indépendantes qui présentaient à de courageux rebelles post soixante-huitards, des films qui venaient de n’importe où, tournés par n’importe qui. Werner Herzog n’avait vraiment pas alors l’aura qu’il a acquise ensuite. Ce n’est donc pas pour la renommée du réalisateur que je suis allé regarder Les nains aussi ont commencé petits, mais pour des raisons folles incompréhensibles à ceux qui n’ont pas vécu ces époques ridicules. (suite…)

Intouchables

samedi, juillet 8th, 2023

Services à la personne.

Mon Dieu, que de succès, que de spectateurs, que de révérence pour si peu de choses ! Mais n’est pas désagréable, Intouchables et on peut même comprendre que le populo – celui qui apprécie le mélodrame où a pleuré Margot – se soit précipité devant les écrans complices pour être ému, exalté, rassuré sur sa propre bienveillance, émoustillé par la relation d’une histoire vraieoù un richissime multimillionnaire, Philippe (François Cluzet) s’éprend d’un de ses assistants de vie Driss Bassari, (Omar Sy) après qu’il a été confiné dans son corps par un grave accident de deltaplane. (suite…)

Le prestige

mercredi, juillet 5th, 2023

« Mon coeur et ma tête se vident… »

L’idée même du scénario, appuyé sur un roman d’un certain Christopher Priest, qui a, paraît-il, une certaine notoriété dans le monde de la littérature bizarre. L’idée même, donc, met en présence et en haine inaltérable deux prestidigitateurs de la fin du 19ème siècle qui se disputent la prééminence d’un spectacle qui a les grandes faveurs du public britannique. Dans des salles de spectacle bondées et peuplées d’amateurs attentifs, admiratifs de l’ingéniosité des magiciens ; et, en même temps, attentifs aux moindres détails qui leur permettraient de déceler les trucs et manipulations expertes. Ma foi, pourquoi pas ? la plupart des numéros de cirques et de cabarets sont d’un mortel ennui, mais ceux-là parviennent quelquefois à enchanter petits et grands enfants. (suite…)

Les amants du Pont Neuf

dimanche, juillet 2nd, 2023

Ne méritaient pas de survivre.

Le meilleur du Dvd que je viens de regarder est ce qu’on appelle la face 2, celle qui tente d’expliquer, à grands coups d’interventions des protagonistes principaux, comment le film a eu la grâce d’être présenté aux spectateurs. Mal conçu, mal écrit, mal imaginé, il a bénéficié toutefois de l’adulation ressentie par les professionnels de la profession (les mecs qui colonisent Fémis et Cinémathèque) parce que le réalisateur, Leos Carax avait déjà réalisé deux trucs embrouillés Boy Meets Girl (1984) et Mauvais sang en 1986, qui ne m’ont pas semblé, jadis, avoir de quoi les commenter positivement. Il y a des cinéastes qui sont empourprés d’emblée par l’adulation médiatique et la tendresse des médias du Camp du Bien. (suite…)

Réveil dans la terreur

jeudi, juin 29th, 2023

Carcéral.

Ah oui, c’est un film très agréablement dégueulasse, qui met mal à l’aise, qui insinue au fin fond de votre épine dorsale une médiocre petite coulée de boue. Un film qui vous gêne, vous exaspère, vous met mal à l’aise, ne vous laisse pas tout à fait intact. Mais – ne soyons tout de même pas emphatique – ne vous dérange pas autant que l’inatteignable Délivrance par exemple, C’est bien, c’est très bien même mais ça demeure filmé au niveau des oripeaux de notre pauvre humanité : sale pays, sales gens, sales situations, sales médiocrités mais à peu près similaire à tout ce que l’on voit dès que la caméra quitte les tendresses consensuelles à la TF1 pour aller voir un peu plus loin la réalité du monde.

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L’âge d’or

lundi, juin 26th, 2023

La vache sur le canapé.

Voilà ; on se replace en 1930. Les années folles s’achèvent et bientôt les remugles de la crise étasunienne vont empuantir la terre. Luis Buñuel, qui est avant tout un grand malin, a saisi avant beaucoup que le monde est clivé entre ceux qui ne se consolent pas de la disparition de la société d‘avant (1914) et ceux qui veulent passer à autre chose, fût-ce en concluant, en profanant, en méprisant tout ce qui avait donné un minimum d’équilibre à la société. En juin 1929, il a proposé au petit groupe qui se baptise ‘’surréaliste’’ un court métrage (21 minutes) très singulier, Un chien andalou qui met en scène les rêves de son complice Salvador Dali et les siens propres.

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