Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Autopsie d’un meurtre

dimanche, juin 28th, 2020

« En général je ne me plains pas des croupes séduisantes »

C’est vraiment une belle performance de donner une telle tension à un film de plus de deux heures et demie dont les deux tiers se passent presque complétement dans le cadre restreint d’un prétoire. D’autant que, si l’affaire plaidée apparaît a priori presque banale, sa complexité va en s’accroissant au moment où, précisément, les détails se révèlent. Ce paradoxe, en fait, n’est qu’apparent : on sait bien que la simplicité est la chose la moins certaine du monde. En tout cas, dans les riches et tortueux chemins des films de procès, il me semble qu’Autopsie d’un meurtre est vraiment ce qui se fait de mieux, servi par des acteurs impeccables, des dialogues étincelants et une musique (de Duke Ellington), vive, nerveuse, qui s’adapte avec élégance et intelligence aux péripéties présentées. On peut même ajouter le générique très heureusement daté et jazzy.

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Dancer in the dark

jeudi, juin 25th, 2020

Danse macabre.

Plus je découvre le cinéma de Lars von Trier que, méfiant envers tout ce qui est scandinave j’avais longuement négligé, plus je suis surpris, dérangé, interloqué. Séduit, charmé, émerveillé ? Ah, non, ce ne sont pas les mots qui conviennent ; mais attiré, intéressé, fasciné, sûrement oui. Un cinéma qu’on pourrait presque qualifier de barbare si l’on était sûr que cet adjectif-là est compris dans son acception classique et première : un cinéma étranger à notre âme classique, au goût de la mesure hérité de la Grèce, à la révérence pour l’ordre harmonique qui nous vient de Rome. Avec Lars von Trier nous éclate au visage une violence brutale, qui peut être sommaire, gênante et quelquefois même ridicule, un peu. Mais qui ne peut pas laisser indifférent. (suite…)

De Gaulle

mardi, juin 23rd, 2020

« La voix, drôle de voix, profonde et saccadée »

Trois mois de confinement pour les cinémas, ce qui n’est pas grand chose, mais surtout 80 ans depuis l’Appel du 18 juin 1940 et 50 ans en novembre pour la mort du Général. Et quand on écrit Général en France, aujourd’hui et pour longtemps encore j’espère, c’est à Charles de Gaulle qu’on pense. Avoir vécu alors qu’il était aux affaires, même si l’on était trop jeune pour en apprécier toute l’ampleur, est un bonheur rare. Un moment où, à chaque mot, à chaque expression qu’il employait, on se sentait plus fier d’être Français, parce que c’était lui qui imprimait au monde son rythme, un monde qui pouvait s’agacer, regimber, tenter de se gausser mais qui était fasciné par les propos qu’il tenait à Montréal, à Mexico, à Phnom-Penh, qui interloquaient la planète et lui faisaient prendre conscience que le courage et la volonté pouvaient quelque chose pour illuminer les grises permanences…

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Chère Martha

lundi, juin 22nd, 2020

Jambonnettes de grenouilles

Drôle d’idée de regarder un film réalisé par une inconnue absolue, Sandra Nettelbeck, un film allemand au titre absolument idiot (en tout cas très mal approprié à sa qualité), un film dont le décor est un restaurant de haute cuisine, mais à Hambourg, ce qui surprend, tant on pense que, à l’exception d’une multiple variété de saucisses, la Germanie n’a aucun rapport avec les plaisirs du palais. Jamais, d’ailleurs, je n’aurais été tenté par une telle présentation si, au plus haut de l’affiche il n’y avait eu le nom d’une actrice qui me plaît bien et qui est inconnue de la plupart, Martina Gedeck.

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Pension d’artistes

vendredi, juin 19th, 2020

Miroir aux alouettes.

Tombé là-dessus tout à fait par hasard et ravi à la fois par l’entrain, le verbe, le rythme de cette screwball comedy (comédie loufoque en bon français) et par les cibles visées. Comme on connaît un peu la réalité des choses, on ne qualifiera pas ça de dénonciation des pratiques habituelles des prospères producteurs de spectacles vis-à-vis des oiselles qui viennent, chairs tendres et fragiles se brûler le museau aux feux de la rampe. Mais on s’amusera, avec ce film de 1937, de retrouver l’évidence que le monde est monde et que les mecs qui ont à la fois le fric et le pouvoir ont une sorte de droit de cuissage absolu, en tout cas évident sur les volières qui se renouvellent perpétuellement et frissonneront d’impatience tant qu’il y aura des hommes salaces et des femmes déterminées. (suite…)

L’invité

jeudi, juin 18th, 2020

Je te tiens par la barbichette.

Si L’invité était resté dans le seul cadre d’une pièce de théâtre comme en diffusait jadis la télévision (Au théâtre ce soir, évidemment), on aurait certainement davantage apprécié cette charmante pochade, soutenu qu’on aurait été par les rires (non enregistrés) des spectateurs. Des rires qui auraient permis de passer complétement au dessus des invraisemblances, anomalies, caricatures, outrances qu’un film permet moins de dissimuler. Parce même si dans une salle de cinéma il peut y avoir un rapport entre l’écran et la salle, on ne rencontre évidemment pas la même complicité roublarde qui permet souvent aux acteurs de jouer – presque de dialoguer – avec le public. (suite…)

Camping 2

mercredi, juin 17th, 2020

Fascination du gouffre.

Il y a quelque chose de violemment pervers dans la fascination qu’on peut éprouver pour une daube absolue (qu’on sait être une daube avant même de l’avoir regardée, veux-je dire) et pour l’attirance qu’on a à perdre deux précieuses heures de sa vie et une soirée qu’on aurait pu consacrer à autre chose de plus intelligent. Mais bon ! Il faut bien le dire : après avoir trouvé détestable, il y a près de quinze ans, la matrice du concept (voilà de bien grands mots pour une si méprisable chose !), c’est-à-dire le premier Camping, voilà que, en pleine connaissance de cause, j’ai regardé hier Camping 2. On peut appeler ça, en quelque sorte, la fascination de l’échec ou je ne sais quoi de lamentable. Il est vrai que, si d’un autre côté, on m’avait proposé à la télévision, un Bergman ou un Antonioni, j’aurais tout de même choisi Onteniente, parce qu’entre la prétention et la nullité, je préfère la nullité.

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Rien ne va plus

mardi, juin 16th, 2020

Faire gaffe au Grand méchant loup !

Et voilà le Chabrol qu’on aime et qui, en tout cas, fait passer un bon moment ! Un cinéaste sans beaucoup de génie, mais qui aime tourner, sait tourner et, lorsqu’il n’est pas empuanti par son aversion anti-bourgeoise, est capable de fabriquer de vrais bijoux, cyniques ou tendres (La femme infidèle ou Le boucher), mais aussi de très bons films distrayants, presque glaçants (Violette NozièreL’enfer, La cérémonie). Mais il y a aussi le Chabrol des sarcasmes – souvent bien ratés – du type Les godelureaux, Le Tigre se parfume à la dynamite ou Docteur Popaul – ou plus ou moins réussis – L’Inspecteur Lavardin. Et aussi le Chabrol narquois, pétillant, funambule. Et c’est alors un réalisateur qui ne se prend pas au sérieux, filme parce qu’il aime filmer, choisit les acteurs qu’il aime, qu’il admire, avec qui il est bien, se donne les coudées franches et bâtit en riant une intrigue invraisemblable. (suite…)

Entr’acte

samedi, juin 13th, 2020

Foutaise.

René Clair, né en 1898, avait tout de même déjà 26 ans quand il a tourné cette galopinerie dadaïste. Un court métrage de 20 minutes projeté, précisément à l’entracte d’un ballet représenté au Théâtre des Champs-Élysées le 4 décembre 1924. Un ballet qui s’appelait Relâche et dont l’auteur était Francis Picabia, riche et rigolo fumiste qui paraît avoir eu un certain talent pictural mais demeure surtout connu pour ses pitreries iconoclastes. Quand on sait que Clair, assagi avec les années a fini à l’Académie française, temple de le respectabilité et en tournant, ronronnant, plusieurs films bien oubliables (Tout l’or du mondeLes fêtes galantes), on a tout à fait le droit de goguenarder les prétentions révolutionnaires de sa jeunesse (de toutes les jeunesses, évidemment). (suite…)

Himalaya, l’enfance d’un chef

jeudi, juin 11th, 2020

Espaces infinis sans silences éternels.

J’ai bien du mal à me rendre compte que j’ai passé un moment agréable et même souvent haletant devant un film dont je n’attendais rien que quelques images originales et bien tournées de cartes postales. Une sorte de documentaire sur la vie compliquée des malheureux habitants de ces contrées invraisemblables. J’ai souvent écrit ici et là que l’Asie n’est pas mon truc et moins encore, sûrement, ses montagnes, bien que je me souvienne tout petit, d’avoir vibré à l’annonce que l’Annapurna, premier sommet de 8000 mètres à être vaincu, l’avait été par deux Français, Maurice Herzog et Louis Lachenal. Mais depuis lors, tout ce qui pouvait toucher Népal, Bhoutan ou Tibet m’indifférait profondément. (suite…)